
Les vrais, les fausses et les copies...
Tout un univers d'idées reçues.
Qu’une armure soit en métal n'implique pas qu’elle est authentique ou historiquement crédible loin s’en faut.
Il existe 6 sortes d’armures tous modèles confondus (bataille, joute, tournois etc.):
- Les authentiques d’époque… Rares, autant dire introuvables, sauf dans les très grands musées spécialisés, dans quelques châteaux exceptionnellement privillégiés et chez quelque très rares et très fortunés collectionneurs. Toujours absolument hors de prix. On peut trouver parfois des pièces détachées prétendues d’époque, mais souvent sans aucune garantie d’authenticité, les plus anciennes ne seront en général au mieux, que des copies XIX ème ou des pièces très abîmés sans grande valeur. Les véritables se négocient entre collectionneurs à des prix prohibitifs.
- Les copies romantiques du XIX ème… qui commencent à se faire rares car très recherchées du fait d’un coût encore parfois abordable selon la qualité et l’état. Il faut beaucoup chercher et avoir de la chance. Ce sont quelquefois de belles copies, mais souvent à restaurer.
- Les copies anciennes de théâtre, en fer blanc, zinc, résine ou élastomères, d’une qualité allant de passable à très médiocre voire désastreuse, souvent en mauvais état et à tous les prix, de modiques à moyennement cher selon la qualité et l’état. Plus que rare en armure complètes, mais assez fréquentes en pièces dépareillées, souvent prétendues à tort par de pseudo antiquaires comme authentiques et d’époque lorsqu'elles sont en feraille.
- Les copies à touristes, les pires, que l’on trouve à profusion absolument partout hélas, dans les boutiques pièges à gogos où des gugusses ont l’audace par exemple de prétendre vendre des armures de templier, voir plus loin une petite précision sur le sujet * . les prix vont, de bon marché à toujours trop cher pour ce que c’est. Ce commerce étant bien rôdé, on les trouve même parfois à des prix prohibitifs repoussoirs, pour abuser un peu plus le gogo croyant faire une très bonne affaire lorsqu’un faux concurrent les lui propose ailleurs à moitié prix.
- Les copies forgées d’artisanat contemporain, de passable quand il ne s’agit que de martelage à la va vite ou d’assemblage de semi embouti, à excellent voire extraordinaire pour des pièces de compagnons forgerons expérimentés et compétents. De moyennement cher à très cher mais souvent justifié. Les vraiment très bons artisans sont très vite repérés par les collectionneurs et les musées qui les font travailler en exclusivité pour la restauration de pièces authentiques ou la fabrication de copies de grande qualité. Mais on trouve aussi de très bons artisans qui font un travail tout à fait honorable, il suffit d’y mettre le prix c'est bien normal. Une armure qui a coûté entre six mois et un an d'un travail spécialisé ne peut pas se vendre pour quelques centaines d'Euros.
- Les copies Médiév’art, en résine métallisée, créées à l’origine pour le spectacle théâtre, opéra, cinéma depuis les années 1986 et accessibles aujourd’hui à tout public. Parfaitement articulées, même des musiciens (guitaristes, pianistes, violonistes, contrebassistes, batteurs etc.) les utilisent sur scène, des danseurs et chanteurs d’opéra de même que des cascadeurs à cheval. Le réalisme de l’historicité des modèles exclusifs se double de celui de la patine acier irréprochable et hyper réaliste. D’un tarif modeste à très abordable pour un produit professionnel de qualité fabriqué exclusivement en France.
* Petite précision sur les armures dites de templiers...
L'ordre des templiers a été supprimé 50 ans avant que n'apparaisse la première armure complète... Cherchez l'erreur... Et donc l'imposture par la même occasion... Jusqu'où va donc se nicher l'inculture et le mercantilisme...
L’outrecuidance ne s’arrêtant pas à si peu, certains n’ont pas peur d’affubler ces armures d’inspiration prétendue vaguement XV ème à XVI ème siècle, de heaumes de type XIII ème siècle. Mais après tout, qu’est-ce que 200 ans pour ces ignorants...
Ces armures n'ont évidemment absolument rien d'historique, pas même le matériau pompeusement bâptisé acier.
Par ailleurs, il suffit par exemple d'observer la cubitière (pièce de coude et de garniture de saignée de bras) pour se rendre compte que sur la pluspart des modèles, une amplitude de mobilité de 30° ne permet au mieux que de disposer les mains sur la garde d'une épée devant la braguette. Mais en aucun cas par exemple de soulever le mézail de son casque ou de porter un toast à la chevalerie, et ceci pour ne parler que des bras.
Évidemment que pour la "décoration" cela importe peu si l'on fait abstraction de toute réalité historique et pour peu que l'on considère ces tristes et grossières imitations comme décoratives. Mais le mauvais goût est l’affaire de chacun et après tout, les commerçant peu scrupuleux, incultes et avides ont de bonnes raisons de surfer sur cette vague très porteuse... ça se vend...
Quiconque aura une fois dans sa vie visité un vrai musée d’armures authentiques se sera rendu compte qu’il est très rare voire exceptionnel de voir présenter une armure affublée d’une arme. Pour comble de beauffitude, le paroxysme du ridicule est atteint avec l’adjonction d’un bouclier que l’on pourrait qualifier de pléonasme, l’armure tenant lieu de bouclier total. Seule exception pour la targe de joute équipant des armures dédiées à ce « sport » historique et pour la rondache qui parfois fera aussi exception au XVI ème et dans certains cas seulement.
Mais jamais au grand jamais une armure honnête ne se verra affublée d'un bouclier de bataille et encore moins de l’écu templier, surtout complété d'une hallebarde de l'autre côté, le mauvais goût de l’imposture atteignant ainsi son apogée.
Si comme nous vous aimez les armures, amusez-vous à débusquer ces anachronismes mercantiles, ces arnaques à l’inculture et ces imposture à l’histoire.
Pour débuter ou compléter votre apprentissage, je tiens à votre disposition une petite chronologie succincte de l’évolution du casque, de l’armure et de l’équipement militaire en général, du V ème siècle au XVII ème siècle. Vous pouvez l'utiliser pour chasser l'anachronisme dans vos spectacles ou animations et me faire part de toutes les remarques ou suggestion qui pourraient la compléter.
Nul ne peut prétendre tout savoir, mais personne n'est obligé de se complaire dans l'ignorance et tirer profit de celle d'autrui est une indignité. La connaissance est source de plaisir à partager.
